Couleurs de l'année 2026 : et si on se trompait de besoin ?
- Maxime Raymond

- 19 déc. 2025
- 7 min de lecture
Couleurs de l'année 2026, et si la neutralité n'était pas la réponse ? Analyse émotionnelle des tendances couleurs et de nos besoins réels. Par Maxime Inspiration

Avant même de réfléchir, le corps réagit à la couleur.
Il respire. Il se tend. Ou se détend.
C'est avec cette conscience que j'ai observé les couleurs de l'année 2026. Et ce que j'y ai vu dépasse largement une simple questions de tendances.
Chaque mois de décembre, Pantone et les grandes marques de peinture dévoilent leur fameuse Couleur de l'année. Mais en observant attentivement les couleurs choisies pour 2026, une réalité plus préoccupante émerge.
Il existe un décalage grandissant entre ce que les marques veulent nous faire ressentir... et ce dont nous avons profondément besoin.
L'état émotionnel du monde : un signal à ne pas ignorer
Le monde est fatigué.
Stress, inquiétude, surcharge émotionnelle, tensions relationnelles, colère, tristesse... tout cela fait désormais partie de notre quotidien. Les rapports récents sur la santé émotionnelle et mentale mondiale (2024-2025) montrent d'ailleurs que ces états persistent, année après année.
Cela traduit une fragilité émotionnelle collective et un manque réel d'apaisement intérieur.
Dans ce contexte, chercher le calme est légitime.
Mais encore faut-il se demander comment on tente le créer.
Car le calme ne se construit pas toujours par l'effacement.
Et pourtant, l'un des moyens les plus rapides et puissants pour influencer positivement nos émotions est souvent sous-estimé : la couleur.
Pourquoi ? Parce que la couleur est perçue visuellement, et le corps réagit immédiatement, sans filtre. La couleur provoque une réponse physiologique immédiate. Elle peut ralentir le rythme cardiaque, apaiser le système nerveux, soutenir la respiration... ou au contraire créer de la tension et de l'inconfort.
Le choix Pantone : Cloud Dancer, un blanc comme promesse de calme
Chaque année, Pantone, une référence mondiale dans l'univers de la couleur, dévoile une teinte phare qui influence la mode, le design et la décoration.
Pour la première fois depuis la création de son programme "Couleur de l'année" en 1999, Pantone a choisi une nuance de blanc.

Selon Pantone, ce blanc représente un désir profond de clarté, de calme et de retour à l'essentiel dans un monde saturé de stimuli visuels et d'informations.
Sur le plan symbolique, le message est séduisant.
Mais dans la réalité des intérieurs, le blanc est une couleur exigeante.
Le blanc amplifie tout : la lumière, les volumes... mais aussi les inconforts. Mal maîtrisé, il peut devenir froid, vide, voir insécurisant sur le plan émotionnel.
Le blanc n'est jamais facile à maîtriser. Il demande une grande justesse : des sous-teintes bien choisies, une lumière adéquate, des matériaux qui le réchauffent.
Utilisé comme solution universelle, il ne crée pas toujours l'apaisement promis.
Parfois, il met simplement en lumière un malaise déjà présent.
La montée des neutres : un calme qui éteint ?
Pantone n'est pas un cas isolé.
Plusieurs grandes marques de peinture ont misé, elles aussi sur des palettes très neutres pour 2026 : beige, kaki, gris charbon...
Mais en psychologie des couleurs, les palettes très "désaturées" ont un effet bien connu : elles réduisent la réponse émotionnelle.
Moins d'émotion.
Moins d'énergie.
Moins d'engagement.
Dans les environnements commerciaux, cette neutralisation peut être intentionnelle. Mais dans la maison - un lieu de repos, de réparation et de vie - elle soulève de vraies questions.
Car un espace trop neutre ne crée pas nécessairement du calme.
Il peut aussi créer une sensation de vide, de distance, voire de déconnexion de soi.
Couleurs de l'année 2026 : une domination de neutres
Voici ce que plusieurs marques ont choisi pour 2026 (les neutres sont intentionnellement mis en évidence) :

Sherwin Williams - Universal Khaki
Behr - Bijou caché (jade fumé)
Benjamin Moore - Silhouette (gris charbon)
Bétonel-Dulux - Forêt de pins (vert)
Sico - Forêt Boréale (vert forêt)
Le virage massif vers les neutres n'est pas innocent
Couleurs de l'année 2026 Analyse émotionnelle des couleurs
Depuis plusieurs années, on observe un phénomène clair :
les marques retirent progressivement la couleur de leurs environnements.
Pas parce que les gens l'ont demandé.
Mais parce que les palettes neutres atténuent la réponse émotionnelle... et qu'une émotion atténuée sert souvent mieux les intérêts corporatifs que ceux des humains.
Voici quelques exemples de neutralisation des émotions à travers la couleur et le design:
Restauration rapide
McDonald : du rouge et jaune stimulants vers le grège, charbon, vert olive
Burger King : des couleurs primaires vers des bruns terreux et terracotta.
Les neutres réduisent l'appétit, l'énergie et favorisent une rotation rapide des clients.
Technologie
Apple, Google, Meta... tous ont adopté des environnements blancs et gris : propres, efficaces... mais émotionnellement plats.
Même les espaces pour enfants se sont décolorés, devenant "sophistiqués", mais pauvres en stimulation.
Heureusement, le vert ouvre une voie plus juste
Heureusement, certaines marques ont fait un choix qui, à mes yeux, fait beaucoup plus de sens : elles ont choisi le vert comme couleur de l'année.

Le vert est profondément lié à la nature, à l'équilibre et au bien-être.
C'est une couleur que le corps reconnaît instinctivement.
Situé entre les couleurs chaudes et froides, le vert agit comme un point d'équilibre.
Il apaise sans endormir.
Il stabilise sans figer.
Il soutient sans éteindre.
Les verts proposés pour 2026 sont souvent profonds, feutrés, légèrement fumés. Ils évoquent une forêt calme plutôt qu'un vert décoratif.
Behr a choisi une teinte bleu-vert évoquant profondeur et raffinement.
Bétonel-Dulux a choisi un vert neutre, profond et verdoyant qui incarne l'espoir, la force et le désir de renouveau.
Sico a choisi un vert riche inspiré des forêts canadiennes qui symbolise la résilience, la stabilité.
Dans un monde émotionnellement fragile, le vert rappelle quelque chose d'essentiel : la vie avance lentement, naturellement, sans violence.
Ce que ces choix révèlent vraiment
En 2026, on observe une fracture claire :
D'un côté, une industrie qui continue de proposer des couleurs neutres, présentées comme apaisantes.
De l'autre côté, des individus qui cherchent du réconfort, de la chaleur et des espaces qui leur font réellement du bien.
Ce décalage n'est pas esthétique.
Il est émotionnel.
Le retour des couleurs plus riches, plus enveloppantes, plus soutenues n'est pas une mode.
C'est une réaction humaine à des années de retenue et de fatigue émotionnelle.
Mon regard et ma conviction
Je crois profondément que nos maisons ne devraient jamais être neutres émotionnellement. Elles devraient être des refuges vivants.
Le blanc peut être magnifique, mais il demande une grande sensibilité.
Les neutres peuvent être rassurants, mais ils ne doivent pas devenir une fuite.
Et le vert, lorsqu'il est bien choisi, est une réponse intelligente, humaine et profondément actuelle.
La couleur n'est pas là pour suivre une tendance.
Elle est là pour soutenir la vie.
En 2026, plus que jamais, je nous invite à choisir des couleurs en fonction de ce que nous ressentons réellement, pas seulement de ce que l'on nous propose.
Parce que la couleur n'est jamais anodine.
Et parce qu'une maison devrait toujours nous faire du bien.
La couleur n'est jamais neutre.
En tant que spécialiste de la couleur, je le dis sans détour : la couleur agit directement sur le corps et les émotions. Instantanément.
Les palettes très désaturées, omniprésentes en 2026, ne créent pas toujours le calme. Elles réduisent la réponse émotionnelle.
Et dans un monde déjà en surcharge émotionnelle, est-ce vraiment ce dont nous avons besoin?
Personnellement, je ne le crois pas.
Pour conclure, mon opinion est claire
Je crois que l'industrie de la décoration et de la couleur doit aller plus loin que les tendances.
Nous devons cesser de traiter la couleur comme un simple esthétique.

La couleur est un langage émotionnel puissant.
Et tant qu'on ne l'utilisera pas consciemment, on continuera de créer de beaux décors dans lesquels on ne se sent pas toujours bien.
En 2026, je choisis des couleurs qui soutiennent.
Des couleurs qui rassurent sans éteindre.
Des couleurs qui créent du bonheur, pas du vide.
Parce que notre maison mérite mieux que la neutralité émotionnelle.
Elle mérite d'être vivante.
Si cette réflexion résonne en vous, je vous invite à poursuivre la lecture sur ce blogue où je partage plusieurs articles approfondis sur le blanc, les neutres et le vert, afin de vous aider à comprendre leurs sous-teintes, leurs impacts émotionnels et comment les utiliser avec justesse dans votre intérieur.
Manifeste - Pour une couleur vivante, consciente et humaine
Cette réflexion sur la couleur est aussi une prise de position. Elle m'a menée à écrire un manifeste - une déclaration d'intention sur la place que la couleur devrait réellement occuper dans nos vies et nos intérieurs.

"Je refuse les intérieurs qui n'osent plus ressentir.
Je refuse l'idée que le calme passe par l'effacement.
Que la douceur doive être fade.
Que l'harmonie se crée dans le silence émotionnel.
La couleur n'est pas une tendance.
Elle n'est pas décorative.
Elle est vivante.
Elle agit sur le corps avant même que la tête comprenne. Elle soutient, apaise, stimule, enveloppe, rassure.
Ou elle éteint.
Et trop souvent, on a choisi d'éteindre.
On nous propose des blancs, des beiges, des gris "sécuritaires".
Des couleurs qui ne dérangent pas.
Des couleurs qui ne provoquent rien.
Mais moi, je vois des gens fatigués.
Des coeurs qui ont besoin de chaleur.
Des maisons qui devraient être des refuges... et qui sont devenues neutres émotionnellement.
Je crois que le monde n'a pas besoin de moins de couleur.
Il a besoin de couleurs justes.
Des couleurs qui soutiennent l'état émotionnel réel.
Des couleurs qui respectent la sensibilité.
Des couleurs qui permettent la sensibilité.
Des couleurs qui permettent d'exister pleinement chez soi.
Je crois que notre maison ne devrait jamais être conçue comme un espace à contrôler, à standardiser ou à rentabiliser.
Elle devrait être un lieu de connexion.
À soi. À l'autre. À la joie.
Je choisis des couleurs qui font du bien.
Pas parce qu'elles sont à la mode.
Mais parce qu'elles sont nécessaires.
Je choisis la chaleur plutôt que la neutralité.
La profondeur plutôt que l'effacement.
L'émotion plutôt que la peur de se tromper.
Parce que vivre dans un décor, ce n'est pas suffisant.
Il faut s'y sentir vivant."
Maxime Raymond
Créer du bonheur chez soi, une couleur à la fois!

.png)














Commentaires